Mon projet est évolutif et les diverses formes qui en résulteront seront susceptibles de se déployer, de se combiner de façon aléatoire et / ou complémentaire, en fonction du lieu d’installation de cet ensemble .
Cette démarche est pour moi le cadre idéal pour créer des liens et du sens entre les divers domaines et centres d’intérêts qui stimulent ma démarche plastique (mode, design, biologie, science, musique) . A l’image de ma méthode sculpturale, le dessin procède de combinaisons, d’étapes successives, de couches contradictoires et complémentaires . Le processus pourrait se résumer ainsi : en premier lieu, une sélection d’images trouvées (dans les magazines,par exemple) ou photographiées . Elles sont extraites d’une banque iconographique commencée il y a plusieurs années, classées par affinités formelles ou par thèmes, et qui s’enrichit progressivement de connexions mentales . La sélection me permet d’opérer ce que j’appellerais un distilat,
un concentré choisi, c’est à dire une manière d’opposer la subjectivité à la profusion . Ces images seront ensuite scannées et retouchées, puis projetées et retracées . Elles sont enfin combinées avec d’autres images ou ‘effets’, obtenus de façon plus ou moins déterminée . Déposés et inscrits sur du papier où des zones vierges sont méticuleusement préservées, des tâches et dessins se mêlent, se superposent et se fondent . Les dilutions et dépôts de matière, plus ou moins absorbés par le support, peuvent par analogie rappeler, entre autres,
des substances alimentaires, telles des gelées de fruits rouges, une lie de vin, une crème dessert, du sang ...
Ces séries de dessins s’apparentent à une collection, un répertoriage, proche de l’herbier, du bestiaire mêlé à la figure humaine, ce qui donne parfois naissance à des totems et autres emblèmes générant une mythologie
mystérieuse . Ainsi ma pratique du dessin procède d’un ancrage dans une temporalité étirée .
Néanmoins, je pars du présupposé que le travail n’est pas le processus, il n’a pas à en témoigner de manière évidente, à en faire état . Le résultat final est compris comme une totalité, un objet autonome et complexe, qui doit préserver une certaine opacité quant à ses stratégies d’élaboration .

En écho à cette pratique du dessin, sorte d’approche préliminaire, je souhaite donner corps à des objets, des installations formellement et sémantiquement hybrides, issus d’univers et d’activités liés aux sens. J’utilise volontiers le terme ‘design’ pour ce qu’il a de non restrictif . Aussi je considère qu’il existe une design olfactif, musical, d’objets, d’attitudes, un fashion design ... Je m’intéresse à l’être humain, à ses prolongations, ses outils et donc ses artifices et particulièrement à leurs détails (que je regarde comme essentiels) . Les objets que je produis sont le plus souvent afonctionnels au sens où ils n’ont pas de cohérence technique et se distinguent d’une conception plus contraignante, voire morale du design . Ils fonctionnent en tant que receleurs de suggestion et d’évocation . Mes sculptures procèdent le plus souvent d’assemblages entre des éléments précisément fabriqués et des objets trouvés et sélectionnés pour leurs qualités constitutives et immédiates . Ces superpositions sont le résultat d’ajustements et affinages successifs, qui impliquent à nouveau les notions de choix et de sélection, laissant cependant une place à l’aléatoire .
J’affectionne par exemple les associations d’éléments high-tech aux textures stigmatisant l’industrie de transformation contemporaine avec des éléments organiques, à l’origine indéfinie, mais pas seulement .
Irrésolus quant à leur définition ou leur inscription dans un contexte critique prédéterminé, ces objets motivent les potentialités sensorielles du récepteur et ses capacités à agencer des substrats d’idées paradoxales .

Ce travail est une exploration poétique parfois perverse et sinistre qui se nourrit d’ambiguïtés . J’opte pour la théâtralité, l’absurdité, la supercherie, ainsi qu’un certain maniérisme proche d’un minimalisme baroque revisité . J’aime au travers d’une esthétique de science-fiction, de fantasmes et d’ironie, mais aussi en m’inspirant des atours de la mode, de l’apparat, des apparences, de la séduction, entretenir une idée mélancolique du désir .

Evor