Evor par Maï Tran dans "Projets d'artistes en pays de la Loire" - 303 hors série nov. 2010

Un coquillage post-nucléaire échoué sur les rives de Fukushima ?
L’unique œuf d’une créature maléfique conservé dans les reliques du sorcier Harry Potter ?
Un mystérieux accessoire sado-masochiste aux fonctions érotiques mal identifiées dans la pénombre oppressante de Blade Runner ? Minéral, végétal, organique, technologique, le Délice d’Evor s’offre à toutes les fantasmagories. Hybridations de sens et de matériaux, assemblages de cruauté autant que d’élégance, de perversité autant que préciosité, son travail de sculptures invente un univers de fantasmes à la fois sombres, fantaisistes et ostentatoires. Marie-Antoinette mariée à Dark Vador.
Il y a de fortes doses d’humour, de mélancolie, voire de nostalgie chez Evor à embrasser la haute couture, le design, le cinéma, les sciences naturelles pour créer des artefacts de la jouissance et du désir. Bestiaire mythologique de nos pulsions contemporaines décadentes, ironique cabinet de curiosités barbares, le monde selon Evor cristallise aussi nos peurs, nos fêlures… l’inavouable. Céramique, chromage, menuiserie, maquettisme, façonnage textile, soudure, la réalisation ultra maîtrisée atteint une perfection high-tech, glacée et lisse qui se confronte à une féerie inquiétante et à d’étranges polysémies visuelles et sensorielles. Urticalices, Cystreasure, Sépale, Agapes, Lying Lyre, Grenadille, Dardancy, Fisticuffs, Hermélégance, les titres laissent entrevoir la tentation de l’enchantement des mots inventés, en sorcier des rituels du désir, en archéologue de vices futuristes. Les vanités d’Evor, d’un souffle léger, d’une vapeur raffinée, murmurent non sans violence leur memento mori. MT

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 Délice, 2011     mixed media, 68x66x30 cm