« De cette chose si contemporaine -et, au fond, bien curieuse- le lifestyle, Evor tire une substance à la fois extravagante et domestiquée. Le lifestyle est partout préconisé comme la forme la plus aboutie de l’expression de soi, il est un nouvel opium populaire, il opprime ceux qui veulent obéir à ses injonctions totalitaires, et récuse injustement ceux qui n’y entendent rien… Qu’importe ! Evor pratique un art qui n’a rien à voir avec la morale, mais tout avec l’intégration verticale du plaisir dans la vie courante.
Associé à une tournure particulière de l’esprit, disons à une certaine déviance, le lifestyle devient, à contrario de ce que l’universalisme du concept laisse présager, un matériau totalement incongru et ébouriffant. Imaginez les pages de Wallpaper se rebeller et convoquer une armada d’animaux mythologiques, de prêtresses du bad taste, de plantes géométriques et piquantes, d’objets hermaphrodites outrés… On sait que la beauté ne se trouve pas toujours où l’on croit, et naît d’associations violentes et parfois inavouables. Les sculptures d’Evor, tout comme ses grands dessins, sont donc composites. Elles mettent des matériaux et des objets trouvés au contact de formes aberrantes. Elles associent des archétypes du design contemporain à des caprices de l’histoire des arts décoratifs. Dans cet équilibre entre l’usage (rationnel) de ce qui est déjà là, et ce que la fantaisie (le délire) de l’artiste veut bien nous montrer, il y aurait une forme d’intelligence spécifique à l’époque, qui aurait tiré les enseignements de la postmodernité, et se serait amusé à les tordre à sa guise.
« Habillez vous chaque jour comme si votre vie en dépendait. »L’adage de Leigh Bowery, exquise et mélancolique figure du Queer le plus outrancier, pourrait fort bien se métamorphoser, sous les influences de l’humeur d’Evor, en quelque chose comme « Créez au quotidien une fantaisie comme si votre vie en dépendait. »

Lili Reynaud Dewar pour « Né à nantes comme tout le monde » 303 hors série

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