à l'E(n)vor... par Hélène Machin, lundi 8 novembre 2010

18h30....j'ai rendez vous avec Evor, étrange prénom qui me fait penser à une transition...
La scène se déroule à Nantes dans l'atelier de l'artiste. Il pleut.
Voilà maintenant 6 mois que j'ai rencontré Evor sur Facebook et que je brûle d'impatience de pénétrer son atelier.
Me voici en phase.
Il est là, le sourire au bord des lèvre. Me voici ici, le cœur palpitant.
Quand tu rencontres quelqu'un pour la première fois et que tu as ressenti une émotion devant son travail, il n'est pas rare de ne pas savoir ou te mettre...
Je vois des formes, du noir, des cintres dorés, des pétales de fleurs, des cactus et je sens la fourrure.
Je suis excitée par quelque chose qui me happe : mélange d'une pulsion sexuée à une pulsion désabusée. Il y a une machine en plein milieu de l'atelier qui se métamorphose et qui s'impose. J'ai comme l'impression d'assister à un opéra : un quatuor de cordes à droite, un trio de chromes à gauche, un chœur de fleurs, une pâte de lapin qui se cache dans le décor, un ténor qui s'endort et un chef d'orchestre au bois cervidé.
La scène a commencé.
C'est surréaliste baroque.
Un jeu de séduction s'instaure, chacun cherche sa place et se caresse doucement du regard.
C'est érotique chic.
Souvent je cherche une présence humaine et mon regard se pose sur Evor qui semble finalement être le seul et unique chef d'orchestre.
Ça sent la bombe de peinture, ça miroite, ça reflète, ça s'encastre. Je suis en ballade. Le matin je sens la rosée se déposer sur mes joues, le midi je pique-nique en forêt, l'après-midi je ramasse quelques plumes de renard et le soir j'ai juste envie d'une étreinte dans un poulailler.
ça parait si simple...
Une méduse attire mon attention, elle est en verre et semble échouée. J'ai envie de la caresser mais la fragilité du travail d'Evor me fixe du regard, alors non, j'écoute une sonate en ré mineur "Pachemonamour, Châton Mascarade, Hermélégance, Coffret pour une caresse et un secret,Bouquet"
J'aime cette poésie, à chaque fois je fantasme une partie de la réalité dans ce genre d'univers : tout est si beau et si noir.
Finalement je ne vois pas le temps passer.
A l'heure où on nous gave de néo-pop tragico-punk dans l'Art Contemporain, je suis soulagée par le travail d'Evor. Des bois, des papiers, des couleurs, des os, des voiles...toutes ces matières se rencontrent et forment des petits bijoux qui charment par leur dextérité.
Je suis subjuguée par le raffinement de la trivialité, par cette domination (a)sexuée. Il y a quelque chose qui me fait penser à la commedia d'El Arte, un théâtre aux cieux fermés.
Bientôt le rendez-vous est terminé alors je parle avec Evor pour percer ses secrets et c'est sans remords que je me laisse emporter...
Je pourrai longtemps en causer mais il me semble que le respect s'arrête là où tout a commencer.

Avec tout mon Amor.......................Evor.